Il faudra le XXième siècle pour reconnaître en Occident que la grande céramique de Chine (Song, Tang, Ming) avait une autre virtualité que la "bleue et blanche", dont, de Delft à Meissen, on s'était ingénié à reproduire l'effet. Quant à la boisson, si le thé vert avait été perçu assez tôt comme la boisson locale, il n'est peut-être pas encore compris que les thés que l'Occident considère comme le "goût chinois" - noir fumé, Lapsang Souchong, Yunnan-, sont tout simplement ignorés en Chine, où, réservés à l'exportation, ils ne devraient leur existence qu'à la négligence d'un récoltant de la fin du XVIIIième siècle, et à la médiocre appréciation d'un marchand anglais.
La variété clonée dans le monde entier pour le thé "noir" industriel -l'Assam de Ceylan- et son mode de traitement -le CTC- induisent un produit qui a encore moins de rapport avec le thé chinois qu'un sucre blanc avec la mélasse de canne.
Alors qu'en Chine le thé était conduit à l'extension et à la diversification de ses couleurs, arômes et saveurs, par une sorte d'infinie divisibilité de ses caractéristiques, en Occident au contraire, on s'acharnait à réduire le spectre d'un thé déjà rabougri: qu'est donc le thé au lait anglais si ce n'est un café atrophié ?
p. 17, 18, Le Temps du Thé
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